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Fiche de lecture

L’Essentialisme : résumé et ce qu’il faut en retenir

Essentialisme résumé : la méthode de Greg McKeown pour faire moins mais mieux, les trois idées à garder, et pourquoi elle rejoint la logique du minimalisme.

Auteur
Greg McKeown
Ma note
4
Pour qui
Celui qui dit oui à tout, dont l’agenda se remplit des demandes des autres, et qui finit l’année avec beaucoup de choses commencées et peu de terminées.
Pas pour
Celui qui a déjà fait le tri et sait sur quoi travailler : il retrouvera des idées connues, développées sur tout un livre, avec des exemples tirés de cadres de la Silicon Valley.
Le livre le plus proche de la logique de ce site : supprimer avant d'optimiser.

Les trois idées à retenir

  1. 1

    Tout n’est pas important, et presque rien ne l’est vraiment. Si vous ne choisissez pas vos priorités, quelqu’un d’autre les choisira pour vous.

  2. 2

    Si ce n’est pas un oui franc, c’est un non. La règle des 90 % : un critère, une note sur cent, et tout ce qui passe sous 90 est écarté.

  3. 3

    Chaque choix est un arbitrage. La bonne question n’est pas « comment tout faire ? » mais « quel problème est-ce que je préfère avoir ? ».

Mardi matin, on vous propose de rejoindre un groupe de travail. Le sujet est intéressant, la personne qui demande est sympathique, et refuser vous paraît impoli. Vous dites oui. C’est le quatrième oui du mois. Vendredi soir, vous faites le compte : vous avez avancé un peu sur sept sujets, et sur aucun de ceux qui comptaient vraiment pour vous.

Ce résumé de L’Essentialisme part de cette semaine-là, parce que c’est exactement le problème que Greg McKeown s’attaque à régler. Pas en vous apprenant à faire plus en moins de temps, mais en vous apprenant à faire moins de choses. C’est aussi, je le dis d’entrée, le livre le plus proche de ce que défend ce site.

De quoi parle le livre

Greg McKeown publie Essentialism: The Disciplined Pursuit of Less en 2014 aux États-Unis. La traduction française est parue sous le titre L’Essentialisme, sous-titrée « faire moins mais mieux ! ». La formule vient du designer allemand Dieter Rams, weniger, aber besser, que McKeown reprend comme devise.

Le livre part d’une histoire personnelle. Quelques jours avant la naissance de sa fille, un collègue lui fait remarquer qu’une réunion client importante tombe au même moment. Quelques heures après la naissance, McKeown quitte la maternité pour s’y rendre. Il raconte l’avoir regretté aussitôt, et en tire la phrase qui structure tout le livre : si vous ne choisissez pas vos priorités, quelqu’un d’autre le fera.

Il ajoute une remarque sur le mot lui-même. En anglais, priority est resté au singulier pendant des siècles : il désignait la chose qui passe en premier, une seule. Ce n’est qu’au vingtième siècle qu’on s’est mis à parler de « priorités » au pluriel. Le livre entier est une tentative de revenir au singulier.

La méthode en trois temps

Après une partie qui pose l’état d’esprit (choisir, discerner, arbitrer), McKeown découpe la méthode en trois phases.

Phase Ce que propose McKeown L’outil concret Coût d’entrée
Explorer Prendre du recul pour distinguer l’essentiel du reste : du temps pour penser, du sommeil, du jeu Un créneau fixe, bloqué dans l’agenda, réservé à la réflexion Une heure par semaine pour commencer
Éliminer Refuser, se désengager, couper ce qui ne sert plus La règle des 90 % et le « non » élégant Quelques minutes par décision
Exécuter Rendre l’essentiel facile : marges, routines, petites victoires Ajouter 50 % à chaque estimation de durée Aucun, c’est un réflexe

Trois outils méritent d’être détaillés, parce qu’ils se testent dès la semaine prochaine :

  • la règle des 90 % : devant une décision, vous choisissez le critère le plus important, et vous notez chaque option sur cent. Tout ce qui passe sous 90 est écarté, y compris les options à 70 qui semblaient « pas mal » ;
  • le non élégant : refuser sans brutalité, en séparant la décision de la relation. Une variante utile au travail : « oui, et lequel de mes dossiers en cours dois-je faire passer au second plan ? » ;
  • la marge : McKeown cite l’erreur de planification décrite par Daniel Kahneman, qui fait sous-estimer la durée d’une tâche même quand on l’a déjà faite. Sa réponse : ajouter 50 % à toute estimation.

Ce dernier point rejoint la loi de Hofstadter, qui décrit la même sous-estimation systématique des délais, et la même parade : prévoir la marge avant d’en avoir besoin.

Bureau presque vide avec un carnet, un stylo, une tasse et une plante

Se désengager : la partie la plus utile

Dire non à une nouvelle demande est difficile. Revenir sur un oui déjà donné l’est encore plus, et c’est là que le livre est le plus précieux. McKeown consacre un chapitre entier à ce qu’il appelle se désengager, et il commence par nommer ce qui nous retient.

Le coût déjà engagé. Plus on a investi de temps dans un projet, plus on a du mal à l’arrêter, même quand il ne mène nulle part. On continue pour ne pas avoir « perdu » ce qui est déjà dépensé, alors que ce temps est perdu dans tous les cas.

L’attachement à ce qu’on possède. Un projet qu’on porte nous paraît plus précieux qu’il ne l’est, simplement parce qu’il est le nôtre.

La peur de l’avoir mal choisi. Arrêter, c’est reconnaître une erreur, et on préfère souvent continuer une erreur que l’admettre.

La parade de McKeown tient en une question, qu’on peut poser à chaque engagement en cours : si je n’étais pas déjà impliqué dans ce projet, ferais-je des efforts pour le rejoindre aujourd’hui ? Si la réponse est non, le projet ne mérite plus votre temps, quel que soit celui que vous y avez déjà mis.

Coût d’entrée : une heure, une fois par trimestre, pour passer en revue vos engagements avec cette question. C’est souvent l’heure la plus rentable du trimestre, parce qu’une chose arrêtée libère du temps toutes les semaines suivantes.

Pourquoi il rejoint ce site

Je le dis franchement, parce que c’est la raison principale pour laquelle je le recommande : L’Essentialisme défend presque mot pour mot ce qui est au cœur de Producthief. Le problème n’est pas le manque de méthodes ou d’outils, c’est le trop-plein. On ajoute, on empile, on accepte, et plus rien n’avance.

La page sur le minimalisme appliqué au travail pose un ordre : supprimer, simplifier, puis seulement automatiser. McKeown pose le même, appliqué aux engagements plutôt qu’aux outils : éliminer avant d’exécuter. Les deux disent qu’une chose supprimée vaut mieux qu’une chose optimisée, parce qu’elle ne coûtera plus jamais rien.

La loi de Pareto dit la même chose avec des chiffres : une minorité de vos engagements produit l’essentiel de vos résultats. L’Essentialisme est le livre qui vous donne le courage de lâcher les autres.

Ce qui ne tient pas

Le livre a trois défauts, et ils ne sont pas mineurs.

Il suppose une liberté que tout le monde n’a pas. McKeown écrit depuis le monde du conseil et des cadres de la Silicon Valley. Refuser une réunion, renoncer à un projet, se garder une journée de réflexion : c’est plus facile quand on choisit son agenda. Un salarié à qui l’on impose ses dossiers devra se contenter d’appliquer la méthode à son propre périmètre, et c’est déjà beaucoup.

Il est plus long que sa thèse. L’idée centrale tient en quelques pages, et plusieurs chapitres la reformulent avec d’autres exemples. C’est l’ironie d’un livre sur le « moins » : il aurait gagné à appliquer sa propre règle.

Il recoupe beaucoup d’autres livres. Si vous avez lu The One Thing, vous connaissez déjà la moitié du propos. L’Essentialisme apporte en plus tout ce qui concerne le refus et le désengagement, et c’est sa vraie valeur ajoutée.

Faut-il le lire ?

Oui, si vous vous reconnaissez dans la scène du début : trop de oui, trop de sujets ouverts, et le sentiment de ne jamais avancer sur ce qui compte. C’est le livre qui traite le mieux la question du refus, que la plupart des livres de productivité évitent. Et si vous ne deviez lire qu’un livre pour comprendre la logique de ce site, ce serait celui-là.

Si en revanche votre problème est de tenir ce que vous avez déjà choisi, et non de choisir, le guide sur la charge mentale vous servira plus vite.

Voir L’Essentialisme sur Amazon(lien affilié, ouvre un nouvel onglet)

Main qui remplit une liste de cases à cocher dans un carnet

Le geste pour cette semaine

Prenez la prochaine demande qu’on vous fait, quelle qu’elle soit, et avant de répondre, notez-la sur cent selon un seul critère : est-ce qu’elle fait avancer ce qui compte le plus pour vous ce trimestre ? En dessous de 90, vous déclinez, poliment, avec la phrase de McKeown si c’est votre responsable qui demande. Un seul refus assumé cette semaine vous apprendra plus que le livre entier.

Questions sur L'Essentialisme

Qu’est-ce que l’essentialisme en une phrase ?

C’est la recherche disciplinée du moins, selon le sous-titre anglais du livre : faire moins de choses, mais mieux, en choisissant délibérément ce qui compte et en éliminant le reste. Ce n’est pas une méthode de gestion du temps, c’est une façon de décider à quoi le temps doit servir.

Quelle différence entre l’essentialisme et le minimalisme ?

Les deux se recoupent largement. Le minimalisme appliqué au travail porte surtout sur les outils et les processus : moins d’éléments, moins de pannes. L’essentialisme porte sur les engagements : moins de projets, moins de oui. Les deux suivent le même ordre, supprimer avant d’optimiser.

Comment dire non à son responsable sans se mettre en danger ?

McKeown propose de ne pas refuser frontalement, mais de rendre l’arbitrage visible : « Oui, et parmi mes dossiers en cours, lequel dois-je faire passer au second plan ? ». La décision revient à celui qui fixe les priorités, et le coût de la nouvelle demande devient évident pour tout le monde.

L’Essentialisme ou The One Thing, lequel lire ?

Ils disent des choses proches. The One Thing est plus court et centré sur une seule question pour choisir la tâche du jour. L’Essentialisme est plus large : il couvre aussi la façon de refuser, de se désengager et de protéger son temps. Si vous dites trop souvent oui, commencez par L’Essentialisme.

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