Créer un agent IA avec Make.com : le tutoriel
Agent IA Make.com : créer votre premier agent pas à pas, écrire ses instructions, lui donner des outils, le tester, et savoir quand un scénario simple suffit.
Publié lepar Thomas
Chaque matin, votre boîte de réception contient une quinzaine de demandes. Certaines sont des demandes de devis, d’autres des questions sur une commande, quelques-unes des sollicitations commerciales. Vous les lisez toutes, vous les triez à la main, vous notez les devis dans un tableur et vous répondez aux questions avec, à peu de chose près, les mêmes phrases que la veille. Vingt minutes, tous les matins.
Un scénario Make classique ne sait pas faire ce tri : il suit des règles fixes, et les gens n’écrivent jamais leur demande de devis avec les mêmes mots. Un agent IA Make.com, lui, lit le message, comprend de quoi il s’agit, et choisit l’action qui convient parmi celles que vous lui avez autorisées. Ce tutoriel monte cet agent de bout en bout, en expliquant chaque réglage et en disant franchement quand vous n’en avez pas besoin.
Agent ou scénario : la différence en une phrase
Un scénario exécute un chemin que vous avez dessiné. Un agent reçoit un but et dessine son chemin lui-même, à chaque exécution, parmi les outils que vous lui avez donnés.
| Critère | Scénario classique | Agent IA |
|---|---|---|
| Qui décide de l’action | Vous, à l’avance, avec des filtres | Le modèle d’IA, au moment de l’exécution |
| Comprend un texte libre | Non, il compare des valeurs | Oui, c’est sa raison d’être |
| Résultat | Identique à chaque fois | Peut varier d’une exécution à l’autre |
| Coût par exécution | Un crédit par module | Crédits des modules, plus les jetons du modèle |
| Dépannage | On lit ce qui entre et sort de chaque module | On lit aussi le raisonnement de l’agent |
| Quand le choisir | La règle s’écrit en une condition | La décision demande de lire et d’interpréter |
La dernière ligne est la seule qui compte vraiment. « Si l’objet contient le mot facture, ranger la pièce jointe » est une règle : un filtre suffit, et il ne se trompera jamais. « Si le message ressemble à une demande de devis, même formulée n’importe comment » demande de lire : c’est là qu’un agent se justifie.
Ce qu’il vous faut avant de commencer
- Un compte Make. D’après la documentation de Make consultée le 19 septembre 2026, les agents sont disponibles sur tous les plans. Sur le plan gratuit, vous passez par le fournisseur d’IA de Make ; sur un plan payant, vous pouvez aussi brancher votre propre compte OpenAI ou Anthropic Claude.
- Une tâche décrite en quelques phrases. Si vous ne savez pas expliquer le tri à un collègue, l’agent ne saura pas le faire.
- Trois à cinq exemples réels de messages à traiter, pour tester. Des vrais, avec leurs fautes et leurs formulations maladroites.
- Un tableur Google Sheets avec une ligne d’en-têtes : Date, Nom, Email, Demande.
Côté coût, le principe est simple. Chaque exécution consomme un crédit par opération, comme tout module Make. Avec le fournisseur d’IA de Make, s’ajoutent des crédits calculés sur les jetons, c’est-à-dire la quantité de texte que le modèle lit et écrit. Avec votre propre clé, ces jetons sont facturés par votre fournisseur d’IA et non par Make. Le détail des plans est dans mon avis sur Make.

Étape 1 : poser le déclencheur
Dans Make, cliquez sur Create scenario, puis sur le grand signe plus au centre de l’éditeur. Les libellés cités ici sont ceux de l’interface en anglais.
- Cherchez Gmail et choisissez le module Watch emails, qui surveille l’arrivée de nouveaux messages.
- Connectez votre compte et choisissez le dossier ou le libellé à surveiller. Un libellé dédié, alimenté par une règle de tri de Gmail, évite de faire lire à l’agent vos échanges personnels.
- Cliquez sur l’horloge du module pour régler la fréquence de vérification. Sur le plan gratuit, l’intervalle minimal est de 15 minutes.
Si un module de ce type ne vous est pas familier, les bases (module, déclencheur, mappage) sont les mêmes que pour n’importe quel scénario : l’article pour comprendre une API simplement explique ce qui circule entre deux services, sans jargon.
Étape 2 : ajouter l’agent
Cliquez sur le petit signe plus à droite du module Gmail, cherchez Make AI Agent (New) et choisissez le module Run an agent.
- Dans Connection, cliquez sur Add. Choisissez le fournisseur d’IA de Make, ou votre propre fournisseur si vous êtes sur un plan payant et que vous avez une clé d’API.
- Dans Model, choisissez le modèle. Les modèles diffèrent en rapidité, en capacité de raisonnement et en coût. Pour un tri de messages, un modèle rapide et peu coûteux suffit largement.
Étape 3 : écrire les instructions
C’est l’étape qui décide de tout, et celle qu’on bâcle le plus. Le champ Instructions décrit le rôle de l’agent, ses étapes et ses limites. Un modèle d’IA ne devine rien : il fait ce qui est écrit, et comble les trous comme il peut.
Voici les instructions de notre agent, à adapter à votre activité :
Vous êtes l'assistant de tri de la boîte de réception d'une petite entreprise.
Pour chaque message reçu :
1. Classez-le dans une seule catégorie : DEVIS, QUESTION, AUTRE.
2. Si c'est un DEVIS : ajoutez une ligne dans le tableur des demandes
avec la date, le nom, l'adresse e-mail et un résumé de la demande
en une phrase.
3. Si c'est une QUESTION : préparez un brouillon de réponse courte et
polie, en vouvoyant, sans jamais promettre de prix ni de délai.
4. Si c'est AUTRE : ne faites rien.
Règles :
- N'envoyez jamais de message. Vous préparez des brouillons, un humain valide.
- En cas de doute entre deux catégories, choisissez AUTRE.
- Terminez en indiquant la catégorie choisie et l'action faite.
Trois détails comptent plus que le reste. Une seule catégorie par message, sinon l’agent hésite et fait deux choses. Une consigne pour le doute, parce qu’il y aura des cas limites. Une limite écrite noir sur blanc sur ce que l’agent ne doit jamais faire.
Dans le champ Input, mappez les données du module Gmail : l’expéditeur, l’objet et le corps du message. C’est ce que l’agent lira à chaque exécution.
Étape 4 : donner des outils à l’agent
Un agent sans outils ne peut que répondre par du texte. Ce sont les outils qui lui permettent d’agir. Survolez le signe plus du module Run an agent et cliquez sur Add tool.
Premier outil : ajouter une ligne au tableur. Cherchez Google Sheets, choisissez Add a row, sélectionnez votre fichier et votre feuille. Pour les colonnes que l’agent doit remplir, laissez-le décider de la valeur plutôt que de mapper une donnée fixe.
Second outil : créer un brouillon. Ajoutez un module Gmail de création de brouillon, sur le même principe. Remarquez ce que vous ne lui donnez pas : aucun module d’envoi. L’agent ne peut pas envoyer un message, même s’il se trompe dans son raisonnement.
Soignez le nom et la description de chaque outil. L’agent choisit ses outils en lisant ces descriptions. « Ajoute une ligne dans le tableur des demandes de devis » vaut mieux que « Google Sheets ».
Pour des actions en plusieurs étapes, avec des filtres, Make permet aussi de donner à l’agent un scénario entier comme outil, avec le module Call a scenario, ainsi que des outils fournis par un serveur MCP. Pour un premier agent, deux modules suffisent.
Étape 5 : tester avant d’activer
Make propose deux façons de tester, et il faut utiliser les deux.
La conversation. Survolez le module Run an agent et cliquez sur Chat. Collez un de vos exemples réels et regardez ce que fait l’agent : quelle catégorie il choisit, quel outil il appelle, avec quelles valeurs. Corrigez les instructions, recommencez, jusqu’à ce que vos cinq exemples passent.
L’exécution réelle. Envoyez-vous un message de test, puis cliquez sur Run once. Une fois l’exécution terminée, cliquez sur la bulle au-dessus du module de l’agent pour voir ce qui est entré et sorti, puis ouvrez l’onglet Reasoning : il montre, étape par étape, pourquoi l’agent a pris sa décision. C’est l’équivalent du mode pas à pas d’un scénario classique, et c’est ce qui rend un agent dépannable.
Testez surtout les cas difficiles : un message qui mélange une question et une demande de devis, un message d’une ligne, un message en anglais. C’est là que les instructions montrent leurs trous.

Étape 6 : activer, puis surveiller
Réglez la fréquence de vérification, enregistrez, activez l’interrupteur de planification. Pendant la première semaine, relisez chaque brouillon et chaque ligne ajoutée. Vous ne vérifiez pas pour le plaisir : vous vérifiez pour savoir si vous pouvez faire confiance.
| Étape | Ce que vous faites | Temps à prévoir |
|---|---|---|
| Préparation | Décrire la tâche, réunir cinq exemples réels | 20 minutes |
| Déclencheur | Gmail, libellé dédié, fréquence | 10 minutes |
| Agent | Connexion, modèle, instructions | 30 minutes |
| Outils | Tableur et brouillon, descriptions soignées | 20 minutes |
| Tests | Conversation, puis exécutions réelles | 30 minutes |
| Surveillance | Relecture des résultats | 5 minutes par jour, une semaine |
Ces durées sont des ordres de grandeur pour quelqu’un qui a déjà monté un scénario simple. Si c’est votre tout premier contact avec Make, ajoutez une soirée pour prendre l’outil en main avant de toucher aux agents.
Ce qu’un agent ne fait pas
Soyons francs, parce que le mot « agent » promet plus qu’il ne tient.
- Il ne sera jamais parfaitement constant. Deux messages presque identiques peuvent être classés différemment. C’est pour ça que la première version prépare des brouillons au lieu d’agir seule.
- Il ne connaît que ce que vous lui donnez. Vos tarifs, vos délais, votre ton : s’ils ne sont pas dans les instructions ou dans un fichier de connaissances, il les invente ou il les omet. Make permet d’ajouter des fichiers de référence à l’agent, à réserver aux informations stables.
- Il coûte à chaque exécution. Un filtre ne coûte presque rien. Un agent consomme des jetons à chaque message lu, y compris les sollicitations commerciales qu’il classera en AUTRE.
- Il ne remplace pas la réflexion sur la tâche. Automatiser un tri mal pensé donne un tri mal pensé, plus vite.
Si vous hésitez encore sur l’outil lui-même, le comparatif Make ou Zapier explique pourquoi la façon de compter les opérations change la facture. Et si vous cherchez d’abord quelles tâches valent la peine d’être confiées à une machine, la page automatiser ses tâches donne la méthode pour les repérer. Les autres usages de l’IA au quotidien sont regroupés dans la rubrique IA.
Votre prochain geste
Ouvrez votre boîte de réception et copiez dans un document les cinq derniers messages que vous avez triés à la main. Écrivez à côté de chacun la catégorie que vous lui auriez donnée. Ce document, c’est à la fois vos instructions et votre jeu de test : avec lui, votre premier agent se monte en une soirée.
Questions fréquentes
Faut-il un abonnement payant pour créer un agent IA sur Make ?
Non. D’après la documentation de Make consultée le 19 septembre 2026, les agents sont accessibles sur tous les plans, gratuit compris. Sur le plan gratuit, l’agent utilise le fournisseur d’IA de Make. Les plans payants permettent en plus de brancher votre propre compte OpenAI ou Anthropic Claude.
Combien de crédits consomme un agent IA sur Make ?
Chaque exécution coûte un crédit par opération, comme n’importe quel module. Avec le fournisseur d’IA de Make, s’ajoutent des crédits calculés sur les jetons consommés par le modèle. Avec votre propre clé OpenAI ou Claude, Make ne facture que le crédit par opération, et c’est votre fournisseur d’IA qui vous facture les jetons.
Quelle différence entre un agent IA et un scénario Make classique ?
Un scénario classique suit un chemin fixé à l’avance : si telle condition est vraie, faire telle action. Un agent reçoit un objectif, lit la situation, et choisit lui-même quels outils utiliser et dans quel ordre. Il est plus souple, mais moins prévisible et plus coûteux. Si votre tâche tient dans un filtre, gardez le scénario classique.
Un agent Make peut-il envoyer des e-mails tout seul ?
Techniquement oui, si vous lui donnez un module d’envoi comme outil. Pour un premier agent, c’est déconseillé. Donnez-lui plutôt un outil qui crée un brouillon : vous relisez, vous envoyez. Vous garderez cette validation tant que vous n’aurez pas vu l’agent se comporter correctement sur plusieurs semaines.
Faut-il savoir coder pour créer un agent IA avec Make ?
Non. Tout se fait dans l’éditeur visuel de Make, en reliant des modules. Ce qui demande du soin, c’est l’écriture des instructions : l’agent fait ce que vous avez écrit, pas ce que vous aviez en tête.